Vaccination à l’officine : les enjeux de la saison 2

Pour la seconde année consécutive, plusieurs milliers de pharmaciens d’officine seront habilités à vacciner certains patients contre la grippe. Comme convenu dans les textes, cette expérimentation a été étendue à deux régions supplémentaires. Après la Nouvelle-Aquitaine et l’Auvergne-Rhône-Alpes, les Hauts-de-France et l’Occitanie viennent garnir les rangs. Les titulaires et les adjoints de ces territoires pourront y participer, sous réserve d’avoir obtenu une autorisation spécifique de leur ARS de tutelle et d’avoir suivi la formation théorique et pratique requise.

Autre nouveauté, la population cible a été élargie. Contrairement à l’an dernier, les primo-vaccinants, les femmes enceintes, les personnes immuno-déprimées ou atteintes de troubles de la coagulation font désormais partie du dispositif expérimental. En clair, les pharmaciens pourront vacciner les adultes visés par les recommandations en vigueur*, à l’exception de ceux présentant des antécédents de réaction allergique sévère à l’ovalbumine ou à une vaccination antérieure.

Pour rappel, le gouvernement a prévu de légaliser la vaccination antigrippale dans toutes les officines du pays, dès l’an prochain. Les conditions et les modalités exactes doivent encore être définies dans un décret du Conseil d’Etat, mais plusieurs revendications syndicales ont déjà filtré. Tributaires des recommandations édictées par la HAS, les pharmaciens proposent néanmoins d’ouvrir cette vaccination à tous les adultes consentants. Ils souhaitent par ailleurs renégocier leurs honoraires**, dans le champ conventionnel.

 

Un démarrage (très) encourageant
Cette saison, la campagne de vaccination antigrippale a débuté le 6 octobre dernier. Elle s’achèvera le 31 janvier prochain. Au cours des cinq premières semaines, 380 000 vaccinations ont été réalisées dans les quatre régions sélectionnées. D’après les syndicats professionnels, près d’un million de personnes pourraient être vaccinées contre la grippe grâce à la mobilisation du réseau officinal. Les chiffres annoncés sont nettement plus élevés que l’an dernier.

Selon le bilan dressé par la Direction générale de l’offre de soins, 160 000 Français avaient été vaccinés dans les deux régions pilotes (100 000 en Auvergne-Rhône-Alpes et 60 000 en Nouvelle-Aquitaine). Il s’agissait majoritairement de personnes âgées de 65 ans et plus. 2 696 pharmacies avaient participé à cette première phase expérimentale, soit 57 % du panel. Les objectifs assignés par les pouvoirs publics, à savoir 30 000 à 40 000 vaccinations, avaient été pulvérisés.

D’après le gouvernement, le recours au réseau officinal pourrait générer une économie de 18 millions d’euros par rapport au circuit traditionnel, à condition d’indexer le coût de l’honoraire du pharmacien sur celui de l’infirmier, soit environ cinq euros. Cette projection sous-tend également un niveau de participation des pharmacies au moins égal à 75 %. L’enjeu n’est pas seulement économique, il est avant tout sanitaire. Selon Santé publique France, le taux de couverture vaccinale des personnes à risque était de 45,6 % l’an dernier, au lieu des 75 % préconisés par l’OMS. L’implication croissante des pharmaciens permettra-t-elle d’atteindre ce seuil critique ?

 

(*) https://vaccination-info-service.fr/var/vis/storage/original/application/download/calendrier_vaccinations_2018.pdf

(**) Pour les personnes éligibles dotées d’un bon de prise en charge édité par la Sécurité sociale, les pharmaciens expérimentateurs sont rémunérés à hauteur de 6,30 euros par vaccination. Ils perçoivent 4,50 euros si l’assuré dispose d’une prescription médicale, pour peu qu’il réponde aux critères fixés. Un forfait unique de 100 euros leur sera également octroyé au bout de la cinquième vaccination.

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