DMP : le nouveau défi de l’assurance maladie

Le dossier médical partagé a été officiellement relancé le 6 novembre dernier. Les objectifs du déploiement sont particulièrement ambitieux. L’assurance maladie mise sur la création de 40 millions de DMP d’ici à 2022, contre près de deux millions à l’heure actuelle*. Selon Agnès Buzyn, ce carnet de santé numérique doit devenir une « évidence », à l’image de la carte Vitale. Il doit « repositionner les usagers comme les acteurs majeurs de leur propre santé », assure la ministre.

Facultatif, gratuit et confidentiel, cet outil informatique permettra effectivement aux patients d’accéder « plus facilement » à leurs informations médicales et/ou de les partager avec les professionnels de santé de leur choix. Il devra surtout contribuer à améliorer la qualité, la sécurité et l’efficience des parcours de soins, mais aussi la gestion des urgences médicales. « C’est un rouage essentiel de la coordination et de la continuité des soins », affirme Agnès Buzyn.

Historique des remboursements des deux dernières années, pathologies et allergies éventuelles, traitements médicamenteux en cours, comptes rendus d’hospitalisation et de consultation, résultats d’examens biologiques ou radiologiques : le DMP contiendra « la mémoire de votre santé », qui constitue d’ailleurs la signature de la campagne de communication nationale récemment lancée par l’assurance maladie à la télévision, sur internet et sur les réseaux sociaux.

 

Une démarche d’amélioration continue
Pour réussir son pari, l’assurance maladie a choisi de diversifier les « canaux d’ouverture ». Les patients pourront notamment créer leur dossier sur un site internet dédié (www.dmp.fr). Ils pourront également le consulter, l’alimenter ou être alertés sur les différentes opérations effectuées, grâce à une application mobile. Au-delà des médecins et des établissements de santé, les caisses primaires et les pharmaciens viendront également soutenir la généralisation de l’outil. Ces derniers seront même rémunérés à hauteur d’un euro par DMP ouvert.

La mobilisation et la confiance des acteurs, le niveau d’équipement et l’interopérabilité des systèmes d’information ou encore le risque d’isolement lié à la fracture numérique font partie des principaux freins évoqués par les experts. Les professionnels de santé attendent aussi des outils plus élaborés pour trouver la bonne information, le plus rapidement possible. La production du volet de synthèse médicale sera un enjeu critique pour les médecins, qui envisagent cette étape comme le point de départ de la coopération interprofessionnelle.

Inscrite dans une démarche d’amélioration continue, l’assurance maladie cherche actuellement à « faciliter les extractions de données ». Elle entend également « perfectionner l’ergonomie et la mobilité des outils de travail ». Parmi les évolutions prévues, une rubrique réservée aux directives anticipées** sera ajoutée en avril prochain. D’ici à 2022, toutes les mentions relatives à la vaccination seront renseignées. Une alimentation via des objets connectés ou encore une meilleure structuration des données sont aussi programmées. Après un changement de nom et un changement de tutelle***, le DMP finira-t-il par rencontrer son public, quatorze ans plus tard ?

 

 

(*) Selon l’assurance maladie, 1 882 503 personnes disposaient d’un dossier médical partagé au 30 octobre 2018.

(**) Il s’agit d’un document écrit, daté et signé, dans lequel une personne rédige ses volontés quant aux soins médicaux qu’elle veut ou ne veut pas recevoir, au cas où elle serait devenue inconsciente ou incapable d’exprimer son avis.

(***) Créé en août 2004, le dossier médical personnel était placé sous la responsabilité de l’ASIP Santé jusqu’en juillet 2016, date à la laquelle l’assurance maladie s’est vu confier la gestion et la maîtrise d’ouvrage de l’outil, alors rebaptisé dossier médical partagé.

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