Frédéric Bizard, économiste de la santé : « Passer du soin à la santé ! »

Frederic Bizard« Faire vivre l’idéal républicain au cœur de notre système de santé ! » Tel est l’objectif poursuivi par l’Institut Santé, une organisation citoyenne, apolitique et indépendante, qui regroupe des experts et des spécialistes de la cause sanitaire*. Gouvernance, organisation et financement : le think tank vient de publier une série de propositions disruptives pour une santé « plus innovante, plus efficiente et plus équitable ». Parmi elles, on relèvera notamment le passage au « payeur unique » des soins ou encore l’adoption d’un taux de remboursement unique pour les médicaments qui apportent un service médical rendu suffisant (60 %).

Autre tendance de fond : l’approche préventive devra prendre le pas sur la logique curative, au sein d’un « nouvel ordre médical » centré sur les pathologies chroniques. Le programme comprend des « dépenses nouvelles », notamment en matière de prévention, mais il pourrait générer « un solde d’économies de 10 milliards d’euros sur trois ans ». Plus globalement, « l’enjeu consiste à mieux prendre en compte tous les déterminants de la santé dans la prise en charge d’un patient, également plus impliqué dans son parcours de soins », souligne Frédéric Bizard, président de l’Institut Santé.

« Notre système de santé connaît aujourd’hui la crise la plus profonde de son histoire. Ce n’est pas un problème de ressources, mais d’allocation des ressources », explique-t-il. « Faute de réformes structurelles, notre modèle républicain de santé et d’assurance maladie pourrait disparaître au profit d’un modèle étatique à l’anglaise », considère-t-il. L’heure est visiblement à l’urgence…

 

Les piliers de la réforme
Outre la mise en place d’un secrétariat d’Etat à la santé publique, qui aurait une action interministérielle, Frédéric Bizard préconise également la création d’un Institut pour la qualité et l’équité en santé, en lieu et place des agences sanitaires actuelles. Dans ce paysage recomposé, l’assurance maladie piloterait directement les trois secteurs du soin, à savoir la ville, l’hôpital et le médico-social. A l’échelon régional, les URCAM** se substitueraient aux ARS, dans la régulation de l’offre de soins.

Délimitées à partir de bassins de vie de 120 000 habitants, 550 gouvernances territoriales de santé seraient installées. Placées sous la responsabilité des acteurs de soins de proximité, elles auraient notamment pour mission d’assurer l’accès aux soins, la permanence des soins ambulatoires ou encore la formation clinique des internes. Autre proposition originale : la prise en charge des pathologies chroniques serait régie par un « contrat thérapeutique » entre le patient, l’assurance maladie et le médecin traitant.

L’Institut Santé veut surtout mettre un terme à l’hospitalo-centrisme. Il compte renforcer l’autonomie des hôpitaux dans leur gestion et leur management, mais aussi équilibrer les forces entre le pouvoir administratif et médical. Le think tank veut par ailleurs réformer le statut du praticien hospitalier, qui serait limité à deux valences. « Les PH devront choisir entre la recherche ou l’enseignement, en complément du soin. Ils pourront travailler hors de l’hôpital deux jours par semaine », précise Frédérique Bizard.

Gestion affinée du risque, lisibilité accrue, baisse des frais de gestion… L’Institut Santé prône le retour du « payeur unique par prestation ». Dans ce schéma, l’assurance maladie serait le bouclier sanitaire central. Une assurance supplémentaire serait instaurée sur les prestations non couvertes. « Les contrats privés d’assurance seront uniquement individuels. Ils seront définis à partir d’un contrat homogène standard qui servira de référence pour le marché », affirme-t-il. Les pouvoirs publics entendront-ils ces remarques ?

 

(*) https://www.institut-sante.org/

(**) Unions régionales des caisses d’assurance maladie – URCAM.

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