Vaccination : incitation ou coercition?

Parent pauvre de la prévention, la vaccination suscite la méfiance et la défiance du grand public. Selon les résultats d’une vaste enquête internationale, c’est même une spécificité française. 41 % de la population doute de la sécurité des vaccins*. Un comble au pays de Pasteur ! Les récents scandales sanitaires ont produit leurs effets. Les détracteurs de la cause vaccinale alimentent les doutes et les fantasmes via tous les moyens de communication existants, avec une certaine efficacité et au mépris de certaines vérités scientifiques.

La résurgence de plusieurs pathologies éradiquées ou en voie de l’être, à l’instar de la rougeole, est pourtant une menace prise très au sérieux par les autorités sanitaires. La vaccination a une dimension collective, trop souvent négligée. Elle contribue à circonscrire la propagation d’une épidémie, mais aussi à protéger les plus faibles. Conscients de cette réalité, les pouvoirs publics ont pris les devants. L’élargissement de l’obligation vaccinale pour les enfants** et l’arrivée du pharmacien dans le circuit de vaccination antigrippale doivent contribuer à améliorer une couverture populationnelle déclinante.

 

Des chiffres préoccupants

Les chiffres produits par IQVIA s’avèrent préoccupants. En matière de couverture vaccinale, la France souffre inévitablement de la comparaison avec ses voisins européens. Le cas de la vaccination contre le HPV illustre cette thèse (graphique 1). A titre d’exemple, le nombre de jeunes femmes vaccinées en France est deux fois moins élevé qu’en Allemagne, probablement en raison des multiples polémiques qui ont émaillé cette campagne (population cible, âge de la vaccination…).

Vaccin HPV 

Les résultats affichés dans le domaine de l’hépatite B sont un autre révélateur de l’exception culturelle française. Si des pays comme l’Irlande et les Pays-Bas ont su redresser la barre, malgré un démarrage tardif, la France a mis quatre fois plus de temps pour atteindre un niveau inférieur (graphique 2).

Vaccin Hepatite B 

Elle affiche cependant de meilleures performances dans le champ de la vaccination obligatoire. Elle se situe au même niveau que les pays comparateurs pour les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (graphique 3). 

Couverture vaccinale en France

 

Parler d’une seule voix

Faudra-t-il passer par la case de l’obligation légale, y compris pour les professionnels de santé, pour inverser durablement la tendance ? Les pouvoirs publics semblent pour l’instant privilégier la piste incitative. Selon la plupart des spécialistes, la restauration de la confiance à l’égard de la vaccination passera avant tout par des mesures pédagogiques et des recommandations sans équivoque des agences compétentes. Le recours à des sources d’informations neutres et objectives, à l’image du site www.vaccination-info-service.fr, devra être privilégié.

Les professionnels de santé devront également apprendre à parler d’une seule voix. Ils devront surtout montrer l’exemple, en se vaccinant eux-mêmes, pour convaincre les indécis. Toutes les parties prenantes devront œuvrer de concert, dans le cadre d’une politique ambitieuse et volontariste. La simplification du parcours vaccinal et le renforcement de l’accès aux vaccins seront des enjeux de taille. Une campagne de sensibilisation nationale permettrait sans doute d’éclaircir le débat.

 

(*) « Vaccine Confidence Project », London School of Hygiene and Tropical Medicine (2016).
(**) Depuis le 1er janvier 2018, onze vaccins infantiles sont temporairement devenus obligatoires, contre trois auparavant.

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