Santé numérique : un marché en voie de construction

La disruption est en cours. Les technologies de l’information et de la communication vont révolutionner l’exercice de la médecine, mais aussi l’organisation des soins, avec des retombées sanitaires et économiques majeures. Elles vont surtout modifier le rapport entre soignants et soignés. L’intégration des patients dans la chaîne de valeur sera un défi de taille, au même titre que l’exploitation des innombrables possibilités offertes par les données de santé, la robotique et l’intelligence artificielle.

Les perspectives sont prometteuses, mais elles ne sont pas sans risque. Les praticiens devront s’approprier le sujet pour conserver toute leur place dans le processus de la décision médicale. Les pouvoirs publics devront procéder aux investissements qui s’imposent. Le régulateur devra être capable de labelliser une offre cohérente. Certains freins techniques et culturels devront également être levés. L’avènement de la santé numérique reposera essentiellement sur la diffusion de solutions pratiques, utiles, simples et totalement intégrées. Elle sera conditionnée par un traitement approprié des données de masse. Elle sera suspendue au déploiement de systèmes d’information interopérables, susceptibles d’améliorer la coopération interprofessionnelle et la coordination des soins.

 

Une tendance de fond

« Qu’il s’agisse des applications mobiles, des objets connectés, des données de santé ou encore de la télémédecine, nous assistons à un enrichissement sans précédent de l’environnement technologique », constate Stéphane Sclison, senior principal chez IQVIA France. Cette tendance de fond va de pair avec une autre révolution notable, celle de la médicalisation croissante de l’offre de santé numérique. « La gestion des conditions pathologiques prend progressivement le pas sur la gestion du bien-être. La santé mentale et les troubles comportementaux, le diabète ou encore les maladies cardio-vasculaires font actuellement l’objet de nombreux développements », confirme-t-il.

Recherche et sélection de professionnels de santé, vérification des symptômes, informations générales sur la santé, réseaux sociaux : ce basculement est aussi fonction de l’évolution de la demande et de la consommation de soins des patients. Facilités par l’objet numérique, la rationalisation des parcours de santé et le bon usage des médicaments passeront cependant par un contrôle médical plus poussé. « Les médecins pourraient bientôt prescrire des applications mobiles pour améliorer la surveillance des patients à distance et le suivi de l’observance thérapeutique. Ils devront d’abord se familiariser avec l’écosystème des données de santé et disposer des autorisations réglementaires requises », commente-t-il.

 

Deux défis majeurs

En réalité, l’essor de ce marché dépendra de nombreux paramètres. « La mise au point d’un modèle économique pérenne et la régulation des solutions numériques seront deux défis majeurs. Il faudra accepter une marge d’erreur et ne pas s’arrêter aux premiers échecs », assure Stéphane Sclison. Au-delà des investissements nécessaires pour moderniser l’appareil sanitaire français, les pouvoirs publics auront la lourde tâche de délimiter les contours d’une offre qui pourrait bien échapper aux acteurs traditionnels du secteur, au profit des géants de la télécommunication.

De toute évidence, un tri sélectif s’impose. « Le foisonnement d’objets connectés devra être rigoureusement encadré, ne serait-ce que pour labelliser les applications les plus pertinentes », souligne-t-il. La Haute Autorité de Santé paraît bien placée pour accomplir cet ouvrage, mais sera-t-elle l’institution idoine aux yeux des décideurs politiques ? A plus large échelle, la généralisation des actes de téléconsultation et de télé-expertise (à compter du mois de septembre) pourrait faire office de révélateur. Elle en dira plus sur la capacité de chacun des acteurs à s’approprier les usages numériques.

Les enjeux sont sanitaires et organisationnels, mais ils sont surtout économiques. Selon Olivia Grégoire, députée LaREM, le recours à la télémédecine permettrait d’économiser 2,6 milliards d’euros par an à l’horizon 2020, en optimisant la prise en charge des patients atteints de diabète, d’hypertension artérielle et d’insuffisance cardiaque ou rénale.

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