Oncologie : un marché (très) dynamique

Selon l’étude i360, l’oncologie sera le principal moteur de la croissance pharmaceutique mondiale jusqu’en 2021, au moins. Estimé à 105 milliards de dollars en 2017, ce marché connaîtra une forte progression dans les années à venir (6 à 9 % par an). « Les immunothérapies et les thérapies géniques seront des segments porteurs, avec des niveaux de prix potentiellement importants, en particulier pour des traitements novateurs comme les CAR T-cells », souligne Claude Le Pen, économiste de la santé et consultant chez IQVIA France. Le marché de l’oncologie sera soutenu par une R&D prolifique. Pas moins de 631 molécules uniques sont aujourd’hui en phase de développement avancée. 39 d’entre elles sont déjà enregistrées ou en voie de l’être. Autre tendance révélatrice : 544 laboratoires se sont spécialisés sur cette aire thérapeutique. Ils y ont investi des sommes colossales.

Dans ces conditions, tous les espoirs sont permis. « Malgré les contraintes de l’accès au marché, renforcées par une concurrence exacerbée, ce renouvellement constant devrait contribuer à la réduction globale du taux de mortalité, allonger les survies et augmenter le taux de guérison de nombreux de cancers », précise Stéphane Sclison, senior principal chez IQVIA France. Un bémol toutefois : ces nouvelles ressources médicales s’accompagneront d’une hausse significative des coûts de la prise en charge pour la collectivité, tant du côté des traitements que des soins du support. Evaluée à 113 milliards de dollars en 2016, la dépense devrait atteindre 147 milliards en 2021.

 

Des défis spécifiques

Les défis posés sont à la hauteur des enjeux. Pour tirer le meilleur parti de la révolution oncologique, les différentes organisations sanitaires devront notamment trouver le moyen d’absorber des innovations qui pourront revêtir différentes formes, en fonction des modes d’action et des combinaisons de produits. Ce changement de paradigme soulève fatalement la question de l’évaluation et de la tarification d’options curatives plus nombreuses, plus complexes, mais également plus précises et plus personnalisées. L’objet numérique pourrait faciliter cette transition. « Les données de santé en vie réelle permettront d’affiner le ciblage et d’individualiser la prise en charge. Elles permettront aussi de mieux capter la valeur et l’efficacité des stratégies thérapeutiques déployées. Elles doivent devenir un outil de pilotage et de suivi des parcours de santé », assure Stéphane Sclison.

Outre l’adoption de modèles différenciés selon les patients et les pathologies, les prescripteurs devront par ailleurs s’approprier les nouveaux codes de la science. « Les médecins vont passer d’un choix thérapeutique restreint à une pléiade de solutions, multipliées par le nombre d’associations possibles. Les industriels auront un rôle à jouer pour les assister et les guider dans un corpus de connaissances dont la courbe est exponentielle », prévient-il. L’oncologie pourrait même avoir valeur d’exemple : « De la transformation du modèle commercial au développement des produits, ce sera un laboratoire d’idées pour d’autres pathologies. »

 

Un impact limité en France ?

L’innovation thérapeutique est de retour, mais la France ne devrait pas en profiter pleinement, en raison d’une politique de régulation jugée « agressive » par les observateurs du secteur. L’hostilité de l’environnement fiscal, le manque de lisibilité des politiques publiques et la maîtrise médicalisée des comptes sociaux sont des signaux particulièrement négatifs en matière d’attractivité et compétitivité.

Selon IQVIA, les bénéfices attendus dans le domaine de l’oncologie seront donc relativement limités dans l’Hexagone. Les lancements d’anti-cancéreux innovants à l’hôpital seront tempérés par des baisses de prix significatives en ville, provisionnées à hauteur de 480 millions d’euros dans la LFSS* 2018. Le marché pâtira également de l’arrivée des premiers biosimilaires des produits les plus vendus en France, à savoir le bevacizumab (Avastin®), le trastuzumab (Herceptin®) et le rituximab (Mabthera®), dont les ventes cumulées représentaient près de 800 millions d’euros en 2017.

La réforme en cours du système de santé français, qui doit notamment libérer des marges de manœuvre pour financer l’innovation thérapeutique, permettra-t-elle d’inverser la tendance ? Les modes de tarification et d’évaluation des produits s’adapteront-ils à cette nouvelle réalité clinique ? Les patients pourront-ils avoir accès aux dernières avancées médicales ? La croissance du marché de l’oncologie passera-t-elle par la France ? Difficile à dire…

 

(*) Loi de financement de la Sécurité sociale – LFSS.

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