Fabrice Vezin, créateur du blog Le monde de la e-santé : « Les données de santé ? La clef de voûte des services digitaux de demain ! »

Fabrice_VezinDe la démocratisation de l’Internet à l’avènement des données de santé, deux décennies se sont écoulées. Observateur privilégié de la digitalisation de l’industrie pharmaceutique, Fabrice Vezin tient un blog spécialisé* qui analyse ces tendances de fond. Il revient sur les grandes étapes de ce bouleversement culturel : « Tout a commencé il y a une vingtaine d’années, avec la création de sites internet à caractère informatif sur les médicaments et les pathologies correspondantes. Face à l’émergence des réseaux sociaux, les laboratoires ont ensuite élaboré des plates-formes d’échanges collaboratives et communautaires. L’essor de la santé numérique et des objets connectés conduit aujourd’hui les industriels à produire des outils plus interactifs. Toutes ces évolutions ne se sont pas faites sans heurt, mais l’industrie pharmaceutique a globalement réussi à positionner l’objet digital au cœur de sa stratégie de développement », commente-t-il.

 

Des choix stratégiques

Pour mener à bien la transition numérique, les laboratoires ont adopté des stratégies diverses. Plusieurs d’entre eux ont bâti des structures et modèles organisationnels entièrement dédiés à la santé digitale, à l’instar d’Urgo (UrgoTech), de MSD (eHealth Services), de Boehringer Ingelheim (BI X) ou encore de Sanofi (39 bis).

D’autres ont choisi d’emprunter la voie partenariale. Dans un premier temps, ils se sont tournés vers certains représentants des GAFA pour nourrir des projets innovants. Plus récemment, ils se sont associés à des start-up, plus souples et plus réactives par essence.

Le partenariat entre Pierre Fabre et BioSerenity corrobore cette thèse. « Cette collaboration a notamment débouché sur la mise au point du premier vêtement connecté, destiné à améliorer le dépistage et le suivi des troubles urinaires », souligne Fabrice Vezin. Selon lui, ce type de rapprochement tend à se généraliser à l’avenir : « Les start-up deviennent des partenaires naturels et complémentaires de l’industrie pharmaceutique dans le domaine de la santé connectée. Elles apportent leur savoir-faire, leur dynamisme et leur agilité. Les laboratoires fournissent leur puissance financière et leur expertise en matière de développement et d’accès au marché. C’est une association à bénéfice réciproque. »

 

Cap sur les données de santé

L’ouverture des données de santé trace incontestablement de nouvelles perspectives. Progrès technologique oblige, l’approche digitale des laboratoires sera demain plus élaborée et plus personnalisée, dans les limites fixées par la réglementation. « L’émergence de stratégies thérapeutiques combinées, mêlant des médicaments, des dispositifs médicaux et des services digitaux associés, permettront aux industriels de mieux mesurer l’utilisation et l’efficacité de leurs produits en vie réelle, mais aussi de faciliter leur évaluation et leur tarification », prédit Fabrice Vezin. La collectivité a tout à y gagner. « Certains services digitaux contribueront à améliorer l’observance thérapeutique, avec des économies substantielles à la clef. Derrière cet enjeu de santé publique, il existe une opportunité unique de rationaliser la prise en charge des patients et d’optimiser la gestion des finances publiques », complète-t-il.

Pour exploiter tout le potentiel des données de santé, les laboratoires devront néanmoins s’adosser à des opérateurs spécialisés pour accéder, stocker et enrichir les données collectées. Certaines sociétés, comme IQVIA, auront des atouts à faire valoir dans ce nouvel écosystème. « Tiers de confiance aux yeux du législateur, elles disposent également des infrastructures, des compétences et des ressources nécessaires pour donner de l’intelligence aux fragments recueillis », conclut-il.

 

(*) https://lemondedelaesante.wordpress.com

EN SAVOIR PLUS