Automédication : la polémique des « boîtes neutres »

A l’image des paquets de cigarettes, les boîtes de médicaments vendues sans ordonnance seront-elles bientôt banalisées ? En février dernier, l’ANSM* fixait de nouvelles règles d’étiquetage pour toutes les spécialités commercialisées sous forme orale solide (hors homéopathie). Son objectif ? Réduire le risque d’erreur médicamenteuse et favoriser le bon usage des produits de santé, en améliorant l’identification, la visibilité, la lisibilité et la compréhension des conditionnements.

Ces recommandations régissent notamment la disposition des mentions sur les boîtes, les blisters et les flacons. Elles portent également sur le choix de la police et de la taille d’écriture, sur les couleurs et sur l’apposition de pictogrammes. Concrètement, l’idée consiste à rendre moins visibles les noms des marques et des arômes, pour laisser plus de place à la dénomination scientifique des substances actives et à l’indication du produit. D’autres informations essentielles devront par ailleurs mieux figurer sur la face principale des conditionnements (dosage, voie d’administration, population cible…).
 

Un nouveau coup dur pour les industriels

Cette nouvelle a provoqué l’ire de l’AFIPA**, qui s’inquiète des conséquences de ces « paquets neutres » pour la santé publique. L’association dénonce une mesure contre-productive et dangereuse pour les patients. Elle redoute un risque de confusion majoré, conséquence directe de l’uniformisation des présentations. Critère de choix par excellence, la marque est aussi un repère pour de nombreux consommateurs, en particulier dans cette catégorie de produits. Dans la foulée du relistage des médicaments à base de codéine et de dérivés morphiniques ou encore de l’interdiction de la publicité sur les spécialités contenant des vasoconstricteurs, l’AFIPA y voit une volonté manifeste de freiner l’essor de l’automédication en France.

De son côté, l’ANSM récuse la thèse du « paquet neutre » et s’appuie sur le caractère confusant des marques ombrelles pour justifier sa décision. L’agence assure que ces recommandations n’auront pas valeur d’obligation, conformément aux dispositions européennes applicables en la matière. L’AFIPA en doute, craignant un allongement des délais d’enregistrement des produits, voire un refus d’autorisation dans certains cas. Selon l’OMS***, les erreurs médicamenteuses représentent 1 % des dépenses de santé mondiales, soit 42 milliards de dollars. L’organisation mondiale s’est engagée à les réduire de moitié d’ici à 2022. Ces recommandations, qui sont une spécificité réglementaire française, y contribueront-elles ? L’avenir le dira…

 

(*) Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé – ANSM.

(**) Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable – AFIPA.

(***) Organisation mondiale de la santé – OMS.

EN SAVOIR PLUS