I360 : le paradoxe français

C’est tout sauf une surprise. En 2017, les ventes de médicaments ont reculé de 0,3 % en France, à 27,5 milliards d’euros1. Selon IQVIA, ce résultat est la conséquence directe du déclin de la PMO2 remboursable (- 0,4 %) et de l’effondrement de la PMF3 non remboursable (- 6,1 %). En réalité, la mauvaise performance du marché français tient plus à la ville qu’à l’hôpital. Les ventes officinales et hospitalières ont connu des fortunes diverses l’an dernier, atteignant respectivement 19,25 milliards1 (- 1,1 %) et 8,24 milliards4 (+ 1,6 %). La politique de régulation hexagonale n’est visiblement pas étrangère à ce phénomène. « Les baisses de prix et l’érosion continue des volumes sont des signaux négatifs pour les investisseurs », rappelle Claude Le Pen, économiste de la santé et consultant chez IQVIA France. Couplée à un environnement fiscal peu incitatif, la maîtrise médicalisée pénalise durablement l’attractivité du territoire français.

Quelques succès commerciaux
Malgré un accès au marché réputé difficile, quelques succès commerciaux sont tout de même à signaler. C’est notamment le cas de l’anti-VIH Genvoya® (63,1 millions d’euros) et de l’anti-cancéreux Imbruvica® (61 millions), respectivement lancés par Roche et Janssen l’été dernier. C’est également le cas de l’anti-cholestérol Rosuvastatine® (38,6 millions) et de l’anti-cancéreux Cotellic® (12,2 millions), respectivement commercialisés par Biogaran et Roche au printemps 2017. Signe particulier : hors générique, seuls trois lancements notables ont été enregistrés dans deux aires thérapeutiques.

En dépit du retour de l’innovation, en particulier dans le domaine de l’oncologie, la France ne devrait pas profiter pleinement de la reprise économique du secteur. Les prévisions à l’horizon 2021 demeurent inférieures à celles des pays comparables (1 à 4 % par an, contre 2 à 5 %). Les lancements d’anti-cancéreux potentiellement innovants à l’hôpital pâtiront de nouvelles baisses de prix, provisionnées à hauteur de 480 millions d’euros dans la LFSS5 2018, mais aussi de l’arrivée des premiers biosimilaires des anti-cancéreux les plus vendus dans l’Hexagone, à savoir le bevacizumab (Avastin®), le trastuzumab (Herceptin®) et le rituximab (Mabthera®), dont les ventes cumulées représentaient près de 800 millions d’euros en 2017.

Une réforme attendue
La réforme annoncée de l’appareil sanitaire français permettra-t-elle d’inverser la tendance ? Selon Claude Le Pen, certaines mesures stratégiques pourraient y contribuer. « Un usage plus pertinent des produits de santé sera un paramètre clé. Il conviendra notamment de mieux lutter contre la polymédication et l’iatrogénie chez les personnes âgées. Il faudra également accompagner le développement des biosimilaires et des génériques, en agissant davantage sur le levier de la prescription pour accroître les volumes », confirme-t-il. Une gestion plus dynamique des prix de l’innovation paraît tout aussi indispensable. « Il manque une réelle vision stratégique. Il faut renforcer l’approche contractuelle, avec des clauses tarifaires et non tarifaires, en accentuant le recours aux études en vie réelle », préconise-t-il. L’évolution du cadre réglementaire pourrait libérer des marges de manœuvre financières. L’article 51 de la LFSS 2018 sous-tend l’idée d’un financement à l’épisode de soins. Même si les contours de ce dispositif restent à préciser, à commencer par la valeur attribuée aux produits de santé dans ce paiement forfaitaire, ces nouvelles formules de tarification expérimentales pourraient redonner un peu d’allant au marché français du médicament.

  1. En prix fabricant hors taxes.
  2. Prescription médicale obligatoire – PMO. 
  3. Prescription médicale facultative – PMF.
  4. A prix effectifs (après rabais et remises) et tous statuts confondus.
  5. Loi de financement de la Sécurité sociale – LFSS.

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