Téléconsultation : une place à prendre pour l’officine

Le 6 décembre dernier, l’assurance maladie et les syndicats professionnels se sont entendus sur les conditions dans lesquelles la pharmacie d’officine pourra contribuer à la réalisation d’actes de téléconsultation. Cet avenant à la convention pharmaceutique* détermine notamment le rôle d’accompagnement du pharmacien en la matière. Il précise également les modalités exactes du dispositif. Parmi les principales exigences posées, chaque officine devra disposer d’un espace dédié pour préserver la confidentialité des échanges. A la demande du médecin traitant, elle pourra éventuellement transmettre des données complémentaires, comme les valeurs tensionnelles. Dans tous les cas, la prise en charge devra impérativement respecter les codes du parcours de soins.

Le texte fixe par ailleurs les déterminants de la rémunération pour cet « exercice coordonné ». Les pharmaciens volontaires percevront un forfait de 1 225 euros la première année et de 350 euros les années suivantes pour financer l’achat des équipements nécessaires aux téléconsultations (stéthoscope connecté, otoscope connecté, oxymètre, tensiomètre...). Une participation forfaitaire au temps passé, en fonction du nombre de téléconsultations réalisées, est aussi prévue. Elle oscillera entre 200 et 400 euros par an. Au-delà de la tarification, les pharmaciens y voient surtout l’occasion de répondre à une demande de soins croissante, en particulier dans les zones sous-dotées en professionnels de santé.

 

Des pharmaciens mobilisés

Fait notable, la nouvelle a été accueillie avec enthousiasme dans la profession. « C’est un moyen pertinent de renforcer l’accès aux soins. Le recours au pharmacien permettra de contourner certains obstacles, comme la saturation des cabinets médicaux, l’augmentation des délais d’attente dans certaines spécialités, mais aussi la fréquence et la durée des déplacements effectués par les patients », explique Khalid Sefiani, pharmacien d’officine à Paris, dans le dix-huitième arrondissement. Prêt à se lancer, il attend néanmoins un soutien logistique pour faciliter ses démarches. « Je suis à la recherche de partenaires capables de porter le projet, dans le respect du cahier des charges. » Pour lui, la question de l’investissement ne se pose pas. La problématique tient plutôt à la mise en œuvre opérationnelle du système.

Titulaire d’une pharmacie à Fleury-Merogis, dans l’Essonne, Marianne Lechertier a franchi ce cap, il y a quelques semaines. Elle a déjà réalisé plus de 200 téléconsultations dans son officine. Avec un seul médecin pour 10 000 habitants, sans hôpital à proximité directe, cette ville est devenue un véritable désert médical. « Nos patients sont ravis de pouvoir bénéficier d’une expertise médicale, via leur pharmacie de quartier », commente-t-elle. Le dispositif comporte néanmoins certaines failles. « C’est une activité particulièrement chronophage, qui pose un problème de ressources humaines. Il faut compter au moins trente minutes par patient. » Autre grief, la rémunération n’est visiblement pas adaptée aux enjeux : « La valorisation du temps passé par le pharmacien avec son patient est insuffisante. La logique du forfait est inappropriée. Un paiement à l’acte serait plus judicieux. »

 

La méfiance des médecins

Certains syndicats médicaux, à l’instar de MG France, s’interrogent sur les conséquences de cet accord conventionnel. « La médecine générale ne se réduit pas à une cabine d’outils connectés », ont immédiatement précisé ses responsables, dans un communiqué. Ils redoutent un « potentiel conflit d’intérêts du pharmacien d’officine qui initie la téléconsultation, en mettant de facto une pression sur le prescripteur ». MG France s’inquiète également du risque de « contournement du parcours de soins », rappelant que le recours au médecin traitant du patient devra être privilégié, ne serait-ce que pour lui permettre d’être remboursé par l’assurance maladie.

MG France salut cependant « une avancée au bénéfice des patients », non sans poser certaines conditions. « Cette collaboration active entre le médecin traitant et le pharmacien pose les jalons d’une équipe de soins primaires. C’est un exemple de service utile, dans le cadre d’une offre de soins coordonnée, qui doit être organisée convenablement ». Reste désormais à définir localement les conditions pratiques de cette collaboration, qui nécessitera notamment des moyens de communication partagés. MG France alerte par ailleurs les pouvoirs publics sur les dérives potentielles d’une offre de téléconsultation commerciale "hors sol", répondant à des considérations économiques au détriment de la santé publique.

 

(*) La convention pharmaceutique a été signée le 4 avril 2012 par l’assurance maladie et les syndicats représentatifs de la profession. Elle a été approuvée par arrêté ministériel le 4 mai 2012.

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